≈ Extraits choisis (Entremodes) ≈


* Avant la mariée était vêtue de noir. Aujourd’hui elle est en blanc. C’est pour plus de virginité que c’est comme ça.
Le blanc c’est comme :
- l’hermine...qui habille les petits rois du monde
- la neige... que les dealeurs nous injectent quand on n’a pas de veine
- le coton...que le ministre de la culture garde dans ses oreilles
- la chemise des énarques qui savent tout mieux que nous
- la bonne conscience des gentils Blancs qui laissent crever l’Afrique
- les lingettes, les communiants, le bidet de la Reine d’Angleterre (et là encore c’est même pas sûr...)
Aujourd’hui, quand on s’promène, y’en a qui disent qu’on va vers une période noire...


* Au creux d’un petit coin abrité de la montagne, coulait une fontaine d’eau très pure. De la ferme d’à côté, trois jeunes filles venaient tous les jours y remplir leurs seaux avec entrain et belle humeur. Elles étaient de la région parmi les plus belles filles, de celles qui étaient enviées par tous les hommes pour leur beauté et leur joie de vivre. Elles avaient été surnommées : “les Anges de la fontaine”.
On raconte qu’aucun prétendant local n’a eu l’heur d’en séduire une. Les trois filles ont quitté le pays, vraisemblablement pour aller vivre en ville.
Aujourd’hui à proximité de la fontaine a été bâtie une petite auberge, une charmante belle maison de pierre avec des bacs à fleurs, plein de bacs à fleurs. Sur l’arrière, il y a un joli muret qui dessine un cercle avec du sable au milieu, sur le sol. Tout autour il y a des bancs de pierre et des bancs de bois, et aussi des bacs à fleurs.
Régulièrement, une fois par mois à peu près, des filles montent à l’auberge. Des hommes aussi. Nombreux. Avec des bourses pleines et de grands sourires. Ils ont tous quitté leurs alliances, on ne sait jamais. En entrant dans l’auberge, ça sent une odeur venant de la cuisine : de la viande rouge, presque encore vivante, palpitante. Les hommes s’installent, se mettent à l’aise.
Les hommes mangent avec avidité, ils festoient, ils s’empiffrent, ils se bourrent, ils consomment cette chair fraîche revigorante, ils s’enfilent tout ce qu’ils peuvent. Dans un incessant va-et-vient entre la salle du bas et l’étage, la journée s’écoule. La sueur s’écoule. Le sang s’écoule.
Le patron lui, il trouve que les affaires ne marchent pas si fort que ça pourrait. Il pense qu’il va monter à Paris parce que là haut, à Paris, il a un cousin qui fait dans la “fille de l’Est”.


* Il y a des femmes qui dansent en secret, certaines nuits, au pied du Rocher des Crabes. Elle ont une façon de lever leurs jambes aux pieds nus qui fait penser que le sol leur pince les pieds. Parfois l’une d’elles pose un pied contre sa tête et en écartant les bras se met à tourner sur sa jambe tendue. Les autres femmes chantent et l’encouragent en tapant des mains.


* Il y a longtemps de ça, les femmes n’étaient pas invitées à danser la bourrée, les hommes se réservaient aussi ce plaisir comme tant d’autres privilèges. Aujourd’hui, ça me plaît bien de me servir de la bourrée pour dire que ce que dansent les femmes en secret pourrait bien aider le mouvement du monde...


Texte de Jac Lavergne, pour le spectacle Entremodes

Le deuxième de ces quatre extraits du spectacle Entremodes raconte une maison de plaisirs dans la montagne. Cette anecdote m’a été racontée il y a 20 ans par un homme du Cantal.

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