≈ La Mer en Pleurs ≈


Franco a pris mon grand-père
Les Colonels ont pris mon oncle
La prise d’Alger m’a laissée sans père.

Le sang de mon cousin s’est déversé dans les égouts de Palerme après avoir fait à son cou une chaude cascade rouge sous les reflets de la lune. Il parait qu’il n’a pas souffert.
Je sens le coeur de mon frère qui bat de l’autre côté du mur et je n’ai plus le droit de le serrer contre le mien, mon coeur, mon frère. Le mur, un de plus. Barbelé, béton d’un pays du sable. Pétrole et dieu unique contre kérosène et autre dieu unique.

Je suis souillée de honte par le respect des uns, par le mépris des autres.

Cette mer n’est que pleurs de femmes
Ma mère n’est que pleurs
La Méditerranée est en pleurs
Cette mer n’est pas bleue, elle est de la couleur de l’orgueil d’une muleta où l’écarlate masque les taches de sang que l’homme répand au nom du jeu. Le jeu de faire mourir. Pour le plaisir, pour la liesse. Le “Je” de te tuer, toi, parce que tu me hais, moi.

Danse petite, danse
N’écoute pas mes paroles. Mes mots sont la douleur des hommes
Parce qu’ils souffrent, les hommes réinventent la souffrance des autres hommes
Parce qu’ils ont peur de mourir, les hommes réinventent la mort des autres hommes
Danse petite, danse
Donne le mouvement des tes hanches aux quatre coins de l’horizon
Offre ton corps à la musique du vent du monde
Laisse ton ventre et tes seins affirmer qu’il y aura la vie demain
Danse petite, danse


Texte de Jac Lavergne, pour le spectacle Antelma Duz

Au delà des guerres que se font les hommes, les femmes détiennent encore l’espoir de la vie.

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