≈ Joëlle Martin ≈

Joëlle Martin est plasticienne à Romagnat.
Elle est également déléguée ACALPA pour la région Auvergne.

Contact : tamar63@wanadoo.fr
mob : 06 10 31 25 36
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(JPG) Masques et terreurs

Joëlle Martin crée des oeuvres, plus précisement, des masques inspirés aussi - mais pas nécessairement - des masques africains.

Pourtant ce ne sont pas de ces masques que le théâtre grec posait sur le visage du comédien, cachant celui-ci derrière un masque tragique ou comique... et par là l’identifiant à lui. Le masque résumait le personnage sur la scène. Joëlle Martin révèle plutôt "le vrai visage", elle ne le cache pas, au contraire : elle découvre devant nous les éléments de l`existence : elle dévoile l’essence du mal, du souci, de l’inquiétude. L’essence du "chagrin" ou même du désespoir...

Nous voyons un "aliéné" mais ce mot désigne aussi quelqu’un qui ne trouve pas sa place dans la société, qui est dans la marge, non parce qu’il est pire ou plus bête, moins doué, mais parce qu’il est autre, il dépasse l’aspect connu, des membres de la communauté des gens ordinaires, il est hors norme, étrange. Cet étranger, exclu de la société devient la "pierre angulaire" du nouveau monde, celui des autres : des portraits étranges et des monstres, du monde créé par Joëlle Martin.

Elle crée des oeuvres étranges, comme des épouvantails trouvant leurs origines moins chez Goya que chez Bosch, plutôt dans un conte de fées où un être à la barbe longue entrelacée de bâtons, de morceaux de cuir, couronné d`un crâne d’animal apparait, ou un spectre épouvantable posé sur un corps de cuir, de chiffons, de fourrure... à la chevelure hérissée de paille, une gueule sanguinolente, des dents/coquillages, une barbe/taillures de crayons. Peut-être n’est ce pas un épouvantail mais un guerrier ? N’importe ! Ce qui est important c’est qu’il est terrifiant.

Tout cela ne manque pas d’ironie critique. Joëlle Martin transforme la Statue de la Liberté américaine en un dieu africain de la guerre, de l’orage, de l’ouragan et de la forge...il n`est pas difficile de deviner pourquoi.

Il y a des monstres venus d’un mauvais rêve, d’une prophétie, d’une prémonition : un mutant des Iles Galapagos - une tortue lignifiée à la carapace de fourrure, un "prédateur" montrant les dents, une araignée issue de la bande dessinée Spiderman.

Nous y voyons des types d’humains universels : un "boyard" Russe, un "oustachi", un profil de “hurleur” ou même des portraits psychologiques comme par exemple celui d’"Arthur".
Oui, ces oeuvres font penser aux masques africains ; mais c’est seulement une suggestion ! Elles sont bien spécifiques. Ce ne sont pas des marionnettes du théâtre de Guignol ou des personnages de la comedia dell’arte. Ce sont plutôt des acteurs jouant un rôle sur la grande scène de la vie et Joëlle Martin montre avec eux la partie obscure de cette vie... - parfois même avec ironie comme la tête d’"Arthur" tirant la langue.

Bien que la créature au crâne d’animal ne soit pas sympathique, je suis touché quand même par l’esthétique des oeuvres de Joëlle Martin. Elles sont belles, paradoxalement. Les couleurs des masques, surtout des masques, sont bien assorties, les roses : vifs et pâles, l’ocre, le blanc froid, le bleuâtre du "prédateur" dont la gueule mi-ouverte rayée noire de dents, accentuent activement les formes circulaires des yeux sombres d’animal.

Si les oeuvres plates sont picturales, présentant une harmonie de couleurs, les spatiales montrent le souci de l’artiste pour la forme. Il est vrai que leur férocité est expressive mais il s’agit ici de l’expression latine, romane. Certains monstres par exemples les gueules gris-bleu-sans-nom rappellent les statues surpeuplant les murs et les porches des cathédrales françaises où l’esprit humain dévoile sa face claire aussi bien que sombre.

Cette obscurité - ici ou là - ne perd jamais sa forme.

Joëlle Martin crée le monde en creux. Ses masques ne dissimulent pas mais au contraire révèlent les caractères, l’ambiance, les types d’humains, ils sont parfaitement autonomes. Les questions : Qui se cache derrière le masque ? Qui se cache derrière le monstre ? Ne sont pas utiles. Joëlle Martin a tout contenu dans ses oeuvres donc nous ne nous posons pas de questions sur un sens caché. Pourtant, nous nous demandons, d’ailleurs les oeuvres de l’artiste l’admettent, quelle vision du monde a appelé ces monstres de l’au-delà pour les presenter à nos yeux ? Il est possible de trouver la réponse : c`est la distance et l’ironie envers le monde plutôt que le sarcasme et le mépris. En plus, Joëlle Martin observe l’être humain, l’éprouve, car pour elle c’est un acteur sur la scène du drame ou de la comédie des caractères ou - comme le "boyard" Russe ou l’"oustachi" - mêlés à l’histoire : car les boyards ce sont les nobles inscrits dans le destin de la Russie : barbus - ce que montre le masque directement - et les oustachis d’Ante Pavelic qui aspiraient à l’indépendance de la Croatie, en ayant recours à des méthodes violentes, ce que suggère la face "oustachi" cette fois moins clairement.

Je pense que Joëlle Martin cultive la philosophie, sa philosophie éthique, écrite à l’aide d’oeuvres colorées, entrant grâce à cela dans le courant éternel de la pensée francaise. La progression de son art m’est inconnue, personne ne peut la prévoir, quant à moi, j’en attends quand même le dépassement des limites. Les acteurs sont créés, ils ont besoin de théâtre, de scène, de mise en scène, d’un drame. Je pourrais sans aucune difficulté imaginer un spectacle, pas forcément de marionnettes, mais plutôt une scène avec un décor et des acteurs vêtus de masques et de costumes nés de la main même de Joëlle Martin.

J’attends ce grand spectacle sur la Vie.

Pawel TARANCZEWSKI,
Professeur de l’académie des Beaux arts et de l’académie de théologie de Cracovie
Peintre, philosophe
Membre de l’académie polonaise des arts et sciences

Traduit du polonais par Wanda Kosiorek

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